Peintures

Laure POUGET | Artiste peintre

Portraits | Migrant-scène

Proposition d’un dialogue plastique entre un hommage aux figures du mouvement d’émancipation de la communauté noire et un regard personnel.
Rester du côté du sensible et de l’hommage .

« L’homme, petit ou grand, a besoin d’étoiles pour se repérer. Il a besoin de modèles pour se construire, bâtir son estime de soi, changer son imaginaire, casser les préjugés qu’il projette sur lui-même et sur les autres. » Lilian Thuram

Quand je travaille j’ai besoin d’images, d’une trame, d’éléments qui existent déjà.
J’avais lu quelques mois avant le livre Mes étoiles noires de Lilian Thuram et les images présentes dans le livre m’ont donné envie de peindre. C’est donc tout naturellement que j’ai accepter la proposition d’exposer ce travail dans le cadre du festival Migrant’scène 2011, sur les préjugés, en donnant un éclairage nouveau à une histoire de la lutte, celle de la communauté noire.
Je me suis alors réappropriée quelques histoires en les associant à ma peinture pour leur donner du corps. Un corps pictural fait de juxtapositions, de touches et d’aplats pour former une vision libre et généreuse de la construction d’une lutte par la couleur.
C’est une résonance de la mémoire et des images par la peinture, pour mettre en dialogue le poète et l’artiste, deux figures qui se complètent et qui travaillent les mêmes choses : la pensée et la forme.

Ce n’est pas une pensée commune mise en commun, mais un cheminement de la couleur sur la toile pour livrer ces étoiles auxquelles fait référence Lilian Thuram et par lesquelles je diffuse mon idée de la lutte.
Celle de l’art et de la vie, celle des préjugés qui stigmatisent et rendent aveugles, celle d’un regard neuf à poser sur chaque chose afin de ne pas tomber dans le cynisme d’une pensée désespérante demain.
Mon travail ne donne aucune vérité mais il amorce un dialogue entre l’idée qu’on se fait des choses et la création artistique comme espace de liberté.

Paysages

Dans ces paysages fantasmagoriques et imaginaires, la couleur noire est présente dans une démarche de séparation des éléments de l’image pour observer sur la toile l’émergence de nouveaux espaces visuels. C’est ainsi que je dis aimer la peinture, pour son effet immédiat : « …insoucieuse du verbe et du langage. Par delà les mots, mais dans la matière des choses. » M.Onfray à propos du travail de Gilles Aillaud.
La couleur a pour moi cette caractéristique de dévoiler par contraste ce qui n’apparaît pas au premier regard. En superposant les couches de peinture sur un fond qui n’est pas vierge, les éléments de la composition vibrent et entrent en connexion. Une articulation grammaticale, picturale, structurée des formes et des aplats, démontre comment la couleur sait se saisir de l’espace qu’elle occupe pour raconter au spectateur sa propre histoire. Les images de départ deviennent alors le théâtre et le prétexte à la création par la vision et la pensée, de nouvelles histoires. Les cartes postales portent le singulier et le collectif, la petite et la grande histoire, la nouvelle image devient le souvenir d’un cliché et le début d’un rêve.
La peinture aussi un processus d’identification et de reliance entre l’existant et l’imaginaire.
J’expérimente une sorte de passage entre les mondes à travers mes œuvres pour maintenir le lien entre ce qui est visible et « cliché » et ce qui est invisible et qui transcende nos croyances pour faire danser les lignes et les couleurs dans le chant du monde.

La carte postale est le symbole du dépassement et du voyage. Dans la série des peintures colorées ce qui s’opère est de l’ordre d’une correspondance inachevée, d’un destinataire lointain et devenu inconnu. Ces cartes sont la marque d’une mémoire effacée, de laquelle il ne reste que des bibes de voyage. Il est question ici d’un séjour effectué il y a quelques années et pour lequel, il ne resterait qu’une mémoire fragmentaire, des paysages, des lieux, des gens.

Le travail par couches superposées, le recouvrement et l’assemblage, créent une sorte d’effacement de l’histoire qui était censée se dérouler, la narration ne peut donc pas avoir lieu. La couche supplémentaire, que j’ajoute sur le papier cartonné, qui ensuite est agrandi, trahit l’œil et fait perdre toute notion d’espace représentatif. Ce qui permet le passage de la carte à la toile, accentuant ainsi l’expressivité du « trou noir », entre la petite carte anecdotique et la toile. Les personnages sont isolés et constituent des fragments à l’intérieur de la toile, ils sont juste délimités par la peinture. Ces étendues de bleues signifient pour moi, une perte de la mémoire, la peinture est un tissu d’oubli, un trou qui masque les détails et ne laisse apparaître que des morceaux, qui individuellement font sens. Un nouvel ordre pictural est ainsi crée, indépendamment de toute idée de narration.

Retour à la planéité, l’image est frontale, la surface est peinte.

Nature-Morte

J’habite une cuisine comme lieu d’expérimentations, comme moyen d’échanges, de constructions et de souvenirs.
Le souvenir n’est pas de la nostalgie, des regrets, un traumatisme. Seulement une définition de ce qui a été, pour moi, avant. Ce sont des odeurs, des couleurs, des sons, une langue, des goûts. La cuisine est le lieu où se mettent en œuvre ces mélanges.

Transformer : rendre quelque chose différent, le faire changer de forme, modifier ses caractères généraux, métamorphoser. Changer de nature, passer à un nouvel état. (Le Petit Larousse, 1997)

La cuisine comme philosophie. Une construction de la pensée, un outil qui me permet de travailler en peinture et en volume. Elle est la toile de fond d’un travail de représentation. Parfois, elle apparaît pour être mangée (dans certaines installations in-situ), parfois seulement pour être observée. C’est une façon de « taquiner » la matière avec, en permanence derrière la tête, un goût, une recette.

Je regarde beaucoup les livres de cuisine, ceux qui traînent, les neufs, ceux qui ont de la valeur, mais aussi et surtout ceux qui datent.
J’ai voulu jouer le jeu de la représentation, chercher de quelle façon je pouvais composer avec toute cette documentation culinaire (fiches cuisine, livres, magazines), en y intégrant la peinture. Je disposais donc d’images de consommation courante, des éternelles dindes au marrons de noël, à la nouvelle cuisine. A partir de là, un long travail de délectation, de dé-plumage, et de dé-multiplication de l’image, s’est effectué. Celles qui m’ont servies pour les peintures ont toutes éprouvées l’épreuve du temps et en ont gardées quelques traces, une saturation des couleurs dû au vieillissement du papier ou encore une trame épaisse à cause de la reproduction. Je me sers de toutes ces petites imperfections de l’image, pour construire mon point de départ et développer une sorte de pastiche pictural autour de ces défauts de fabrication. Ainsi, l’image terminée est une autre image.

Pour ces natures-mortes, je suis allée voir du côté de la peinture hollandaise, pour l’effet de brillance et l’abondance dans les compositions. Pour moi, c’est aussi une pensée sur la vie, nous mourrons demain, alors il est temps de fêter le jour présent et de profiter des plaisirs éphémères, dans un désir inavouable d’éternité.

Retravailler à partir de photographies de plats, est aussi montrer le pouvoir illusoire de la peinture, qu’elle n’est finalement qu’un assemblage, un concept qui prend corps sur une surface pour créer du sens. La question de la réalité dans mon travail ne se pose qu’au travers de l’image utilisée, pour créer le jeu optique.